Le roman préhistorique fut bel et bien une spécialité française notamment dans la littérature d’avant guerre. Il est notable de voir que Rosny Ainé, créateur de la science fiction française, en fut également le principal auteur. La Guerre du Feu paru en 1911 (pour sa version complète en volume) est finalement restée une légende de la littérature populaire. Même si Rosny indique coller au plus près des découvertes des préhistoriens, dans la réalité il use d’une marge de manoeuvre bien plus grande que la science ne l’autorisait. Ainsi dans la Guerre du Feu, les hommes de Cro Magnon côtoient non seulement les Néanderthaliens mais également des Pithécanthropes et des hominidés plus primitifs encore. Dans le Félin Géant,
l’un des héros arrive à quasiment apprivoiser le félin du titre pour lutter contre les adversaires de la tribu. Les visions de la violence et de la sauvagerie ne sont pas sans évoquer Robert Howard. Et ce n’est pas un hasard (Rosny a d’ailleurs abordé le thème de la lutte de la barbarie et de la civilisation dans un roman se déroulant à l’époque gauloise, Ambor le Loup. ). Bref , Rosny n’est pas le seul auteur à avoir écrit des romans préhistoriques à l’époque, mais c’est le seul que la postérité ait retenu jusqu’à aujourd’hui et surtout le seul qui ait été réédité régulièrement.
Le roman préhistorique a disparu après la guerre et malheureusement, aucun auteur majeur n’est venu lui rendre la place qui lui revient. Pierre Pelot a écrit une série de romans, mais elle s’avère être plus réaliste que tournée vers la fantasy. C’est finalement la bande dessinée qui va donner à ce genre le héros qu’elle méritait. Claude Lecureux et André Chéret vont créer le personnage de Rahan. Ce chasseur d’une tribu magdalénienne va vivre des aventures échevelées digne des meilleurs pulps. Il va combattre des sorciers, des chamans maléfiques, affronter des fauves redoutables, rencontrer des tribus aux moeurs étranges. Nous sommes là en pleine fantasy. L’aventure prend le pas sur la réalité historique. Rahan a fini par devenir au genre préhistorique ce que Conan est à la sword and sorcery, le héros emblématique.
Mais aujourd’hui ce type de romans est en train de revenir grâce à Timothée Rey. Cet auteur propose avec Les souffles ne laissent pas de traces, un roman policier qui se déroule à l’époque aurignacienne, mais bien entendu, même si tout est rationnel, la société préhistorique décrite est assez loin de la réalité historique. Les mystérieuses sociétés secrètes font échos à celles que rencontre Rahan dans ses aventures et n’ont guère d’historicité. On est encore dans la reconstruction fantasmatique qui était celle de Rosny Aîné mais avec un récit plus cérébral et humoristique.
Finalement le récit préhistorique a tenu en France la même place que la sword and sorcery dans l’imaginaire américain. Le récit de la sauvagerie, de l’affrontement entre nature et culture, de la réflexion sur la place de la civilisation…. Il est dommage que la tradition se soit perdue même si elle présente à nouveau le bout de son nez.