L’évolution du lectorat des littératures de l’imaginaire

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Le lectorat des littératures de l’imaginaire a bien évolué depuis les débuts du genre. Les années 80 furent un vrai pivot de cette évolution. Car ces années furent celles, également, où la SF et la fantasy arrêtèrent de n’être que de la littérature et se constituèrent en véritable subculture. Tout avait commencé à la fin des années 70 avec le magazine de bandes dessinées, Metal Hurlant, le succès de Star Wars et celui des traductions des comics Marvel. Bref il y avait là des éléments culturels qui attiraient une certaine jeunesse qui se reconnaissait dans cette culture si différente des bases de la culture française traditionnelle. Puis arrivèrent les dessins animés japonais comme Albator (Captain Harlock), Goldorak, Capitaine Flamm (Captain Future) et quelques autres. Puis ce fut autour du jeu de rôles et des jeux vidéo de s’imposer en tant que support de cet imaginaire. Les cartoons américains débarquèrent aussi à la même époque dans le paysage audiovisuel. Les années 80 donc furent riches en point d’entrée vers la Science fiction et la fantasy. Et ne fut malheureusement pas du goût de tout le monde.

Les dessins animés japonais furent la cible de diverses attaques notamment à cause de leur violence. Il faut dire que certains d’entre eux avaient été particulièrement mal choisis par les programmateurs des chaînes. A l’époque l’on considérait que les dessins animés s’adressaient uniquement aux enfants alors que bon nombre des animes acquis par les chaînes étaient plutôt destinés aux adolescents. Puis ce fut autour du jeu de rôles d’essuyer des attaques plutôt violentes. Ses pratiquants furent soupçonnés dans des affaires de profanation de sépulture et des animateurs d’émission télévisé venaient dénoncer une activité qu’ils considéraient comme de la manipulation mentale.

Bref si les années 80 et 90 voient l’arrivée d’une nouvelle génération de lecteurs de SF et de fantasy c’est à ces nouveaux point d’entrée qu’ils le doivent, le fandom ayant été particulièrement passif à cette époque. Une grande partie de la génération X s’est enthousiasmé pour la culture de l’imaginaire. Il faut rajouter un bémol toutefois. Comme le fait remarquer Serge Lehman, très souvent les lecteurs décrochent après l’âge de 25 ans. La SF comme la fantasy ne sont pas considérées comme des lectures sérieuses dans lesquels peut s’investir un adulte responsable. Le résultat c’est qu’il y a eu un turn over important chez les lecteurs. Mais un noyau de passionnés restait fidèle à nos genres de prédilection. Et furent eux qui créèrent les principaux projets éditoriaux des années 90.

Mais l’ambiance change dans le courant des années 90. les pré-adolescents et adolescents eurent moins d’accès à cette culture là. Les chaînes de télévision continuaient à diffuser des dessins animés de SF et de fantasy. Aux productions américaines et japonaise sont même venues s’ajouter des oeuvres françaises. Mais ils se sont faits plus rares à la fin de la période. Les productions pour la jeunesse changent. Et les attaques contre l’arrivée des manga, le jeu de rôles puis les jeux vidéos souvent relayées par des personnalités politiques voire des membres des différents gouvernements ont été autant d’offensives contre l’imaginaire attisant la méfiance d’une partie de l’opinion contre les genres de l’imaginaire.

Le résultat ne s’est pas fait attendre. Dans le courant des années 2000 le nombre de lecteurs baissent. Les jeunes sont moins nombreux à s’y mettre. Le paradoxe c’est qu’il existe à cette époque une littérature jeunesse florissante avec d’excellentes collections qui proposent des romans de science fiction et de fantasy qui n’ont rien à envier sur le plan de la qualité à ce qui est proposé pour les littérature adulte. Et d’ailleurs les jeunes lecteurs des années 2000 ont souvent découvert la SF grâce à la collection Autres Mondes de Mango ou à celle de Bayard Presse. Mais la SF et la fantasy ne font plus partie de cette culture enfantine et adolescente qui créait du lien social dans les cours de récréation depuis les années 70 jusqu’à la moitié des années 90. Les intérêts des jeunes sont passés à autre chose. Bien aidés pour cela par les média commerciaux qui à cette époque là ne sont guère favorable à l’imaginaire. Les dessins animés jugés trop violents ont fini par être remplacés par des sitcoms jugées moins subversives. Et la déferlante de la téléréalité a fini dans les années 2000 par détourner cette même jeunesse de l’imaginaire.

Bref de nos jours encore le lectorat de la génération X demeure encore important. Une partie de la génération Y s’est mise également à nos genre de prédilection et d’ailleurs ce sont souvent de gros lecteurs. Sur divers forum j’ai d’ailleurs lu des témoignages de lycéens, lecteurs de fantasy qui révélaient l’incompréhension des adolescents qui les entouraient face à leurs lectures. Si dans les années 80 et 90 la lecture des ouvrages de nos genres était considérée comme normale, dans les années 2000 les jeunes lecteurs ont été ostracisés à cause du changement dans la culture populaire jeune.

La conséquence, c’est que le lectorat vieillit. Son renouvellement est de plus en plus faible. Dans les années 80 et 90 le fandom n’a pas eu à travailler pour que le lectorat se renouvelle. Les différents points d’entrée médiatiques jouaient pleinement leur rôle. Depuis les années 2000 ce n’est plus le cas. Et le fandom ne sait pas trop quelles actions mener pour arriver à élargir le lectorat. Les ventes baissent inéxorablement et personne ne sait trop que faire pour inverser la tendance.

 

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