Il y a des alternatives…. (une opinion autour des Sad Puppies)

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La polémique autour du Hugo et l’action des Sad Puppies, si on la rapporte à l’histoire récente de la fiction spéculative en dit sans doute plus qu’il n’y paraît.

Dans les années 80, les cyberpunks se sont majoritairement consacrés à la critique sociale. Les oeuvres cyberpunks n’étaient ni plus ni moins que des romans qui racontait ce qui devait se passer si les structures économiques de la société industrielle restaient en place au sein de la société de l’information. Nous étions clairement dans une dystopie. De la littérature dystopique qui survenait alors que Margaret Thatcher gouvernait en Grande Bretagne et Ronald Reagan était président des USA. Bref c’était l’époque de la révolution conservatrice. Et les auteurs de SF, ou en tout cas une partie d’entre eux, ceux qui était mis en avant par une partie du fandom, considérait que le temps n’était plus aux alternatives. Bref c’est comme si l’on considérait que les conservateurs avaient gagné. La critique sociale c’était la résignation, le renoncement et la manière de dire «  there is no alternative ».  D’ailleurs c’est dans les années 90, un tout petit peu après,  que commence la mode du  grimm and gritty. Cette vision noire et violente du monde qui s’impose d’abord dans les comics puis en SF avant de contaminer la fantasy est l’ultime avatar de cette absence de vision du mode, de ce renoncement. Le monde n’est plus que noirceur.

Curieusement les auteurs européens n’ont pas forcément cédé à ces sirènes. On citera juste l’exemple du britannique Iain M Banks qui à travers son cycle de la culture défend une vision libertaire du monde.

Dans les années 90, les conservateurs n’étaient pas gênés par les auteurs progressistes. Mais la génération X est arrivée entraînant dans son sillage la génération Y.

Bref des gens qui n’ont pas connu les événements des années 60 ou 70 car ils étaient enfant pour les plus âgés et n’étaient pas nés pour les plus jeunes. Si au départ ces auteurs qui ont commencé à écrire au début des années 2000 ne faisaient peur à personne, aujourd’hui ils inquiètent les conservateurs. Pour une raison bien simple. Ils ont un autre discours. Les anthologies basées sur une visions positives du futur se sont multipliées, de Seeds of change à Hieroglyphs en passant par Shine. Des thèmes sociétaux nouveaux comme la résolution non violente des conflits ou la diversité sont traités. Même la fantasy est contaminée par cette vision différente et qui se démarque de la mode grimm and gritty. Les auteurs qui défendent cette vision sont une génération très diverses, et très métissée. Les auteurs conservateurs se sont sentis menacés car ils se rendent compte que l’ascendant qu’ils avaient pris dans les années 90 puis au lendemain du 11 septembre est en train de fondre comme neige au soleil. Il y a une génération talentueuse qui fait sauter les tabous et où l’on trouve des auteurs de couleurs et des femmes aussi bien que des auteurs blancs.Et ce sont les meilleurs auteurs du moment. Les conservateurs ne sont plus dans le coup littérairement, le talent est dans le camps d’en face.

Mais plus encore l’éditeur qu’il pensait être leur forteresse a cédé. Cet éditeur c’est Baen. Editeur dont les dirigeants n’ont jamais fait mystère de leurs opinions conservatrices, mais par le passé ils avaient publié les auteurs les plus divers, y compris des auteurs de gauche. Au lendemain du 11 septembre Baen a publié quelques auteurs aux opinions plus dures et plus extrêmes que les habituels néoconservateurs et libertariens : John Ringo, Michael Z Williamson ou Tom Kratman ( mais Ace a également signé à la même époque un auteur d’extrême droite Steve L Kent, ce qui prouve que ce n’était pas la marque de fabrique de Baen). Mais aujourd’hui, Baen a fait appel à John Joseph Adams, anthologiste qui publie régulièrement ces SJW haïs, pour deux anthologies (Armored et Operation Arcana). Pire encore l’anthologiste pourtant conservateur, Bryan Thomas Schmidt, a intégré dans son anthologie, Shatered Shields, des auteurs appartenant aux SJW ( notamment Cat Rambo et Seth Dickinson) au milieu d’auteurs conservateurs. Ce groupe d’auteurs ultra- conservateurs signés dans la foulée du 11 septembre se sont sentis trahis. Ils se sont choisis des porte paroles parmi les plus présentables d’entre eux (et surtout qui ont eu des critiques positives, et dont les oeuvres sont reconnues comme ayant une certaine qualité) : Larry Correia et Brad Togersen. Mais l’extrémiste Vox Day a décidé d’aller plus loin et a débordé leur stratégie. L’attitude de Vox Day est intéressante puisqu’il a créé sa propre maison d’éditions pour accueillir les auteurs conservateurs qu’il considère devenu indésirable ailleurs. L’attitude de Baen étant sans doute considérée par lui comme une trahison. Mais Baen, même si ses dirigeants étaient des conservateurs, a toujours publié des auteurs de toutes opinions ( ils ont été les premiers à publier Melissa Scott, une auteure aux opinions extrêmement progressiste, dans les années 90).

Il s’agit d’un baroud d’honneur d’une minorité qui défend une représentation fantasmatique du fandom. Ils y transposent le conflit politique entre conservateurs et progressistes, ce qui n’a guère de sens. On peut en effet apprécier la fiction d’un auteur qui a des opinions différentes des siennes. Et leur argument concernant la défense d’une vision old school de la SF ne tient pas la route. Parmi les soit disant SJW, il y a aussi des auteurs old school ( Yoon Ha Lee en est un bon exemple). Donc leur vision est exclusivement idéologique même si Togersen et Correia ont pris soin d’introduire des auteurs non conservateurs dans leur liste pour essayer de se poser en défenseur d’une tradition pulp de la SF. Mais ce n’est pas qu’ils sont.  La grande peur de ce groupe d’auteurs, c’est de disparaître. Ils se rendent compte que la relève de leur camp est insuffisante et que les éditeurs font de plus en plus la place à des auteurs qu’ils n’apprécient guère.

 

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